Le ventre d'Ivi Kromm

Journal de bord, transport en commun et digestion de vers.

24 février 2009

Orly

Orly_Sud

Me revoici sur la route. La route recommence souvent, aujourd'hui, par un retour au démoniaque: Paris. Je repasse encore par ces étapes absurdes comme celle que je vis tout de suite; croquant sans envie dans un bout de pain sec tartiné de beurre doux et dans lequel on a fourré trois tranchettes de gruyère industriel. Par la suite ils ont eu le culot de nouer autour une étiquette "pain cuit sur place - freshly baked". Tout est bilingue ici, mais ils comptent quand même apparemment sur la méconnaissance de l'anglais par les voyageurs pour oser prétendre que ce pain est frais. Froid, par contre, je dis pas. Cette merde m'a coûté la bagatelle de 3€70.
Police partout, justice nulle part, prix guadeloupéens. Voilà un portrait assez juste je crois de l'aéroport d'Orly. C'est le plus gros que j'aie jamais vu je pense, mais c'est vrai que je n'ai pas vu beaucoup d'aéroports: Roissy, mais j'étais encore un gamin et ne m'en souviens pas, et puis Brest l'ancien, Birmingham, Bristol, Toulouse, Brest le nouveau. Birmingham, c'était déjà pas de la tarte. Si je n'avais pas eu un petit itinéraire dessiné par un ami qui connaissait le trajet, je n'en serais sans doute pas sorti indemne. Je fais donc cette expérience ici, à Orly. Je déteste les aéroports autant que j'aime les gares, mais ici, à Paris, les gares sont des genres d'aéroports. Montparnasse est aussi la plus grosse gare que j'aie jamais vu. Je pense qu'elle est plus grande que la gare de Lyon.
En quittant Montparnasse, donc, déjà bien baigné dans l'antipathie des parisiens, je me suis évidemment fait emmerdé par un taxeur qui te sourit jusqu'au dernier moment puis te traite de fils de pute. La navette: 11€50. C'est un commerce qui ne risque pas la faillite. Le car s'arrête à Orly, je descend, mais je flaire déjà l'arnaque en voyant que beaucoup restent assis. Je trouve une porte et cherche des repères dans l'immensité de l'endroit et puis, au bout d'un gros quart d'heure, je réussis à me faire indiquer que je suis à Orly Ouest et qu'il me faut aller à Orly Sud. Les deux étaient marqués partout, impossible de s'en rendre compte tout seul. Je prends donc l'horrible OrlyVal et arrive à Orly Sud. Là, je suis définitivement plongé dans l'absurde. De grands panneaux m'indiquent le "Carré Voyages" et le "Carré Azur": je ne saurais jamais de quoi il s'agit. Puis j'ai fait ma route (après une pause clope évidemment difficile, le temps de trouver la sortie) à la recherche d'un endroit correct où me nourrir. Je vous passe le détails de ces recherches: les endroits corrects, ici, n'existent pas. Les prix, l'ambiance, tout est atroce, mais le pire je crois c'est l'inhumanité des gens qui travaillent ici. Ils sont automatiques et désagréables. Vidés. Menaçants. Des militaires nous surveillent, fusil à la main. J'ai envie d'un café et de quelque chose à manger...Je crois que je vais plutôt me prostrer dans un coin avant de pouvoir m'échapper.
Je ne veux même pas regarder les gens; c'est un repaire de cons.

23/02/09 Orly.

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21 février 2009

Ma bouteille

DSCI0018

Ah ma bouteille, quel plaisir de te retrouver! Tu m'avais manqué, bien sûr, mais je ne l'avouerai pas, ce serait indécent, ces choses-là se gardent pour soi. C'est vrai, nous nous étions ignorés longtemps, quelques semaines, quelques jours, mais il a suffit encore une fois que je te croise pour que mon envie de toi se réveille et que nous nous retrouvions un peu tous les deux.
Entre nous, pas de chichis, pas de blabla, on se connait. On passe tout de suite aux choses sérieuses. On se connait bien, non? Je ne vais pas te raconter ma vie, n'est-ce pas, qu'est-ce que tu y trouverais d'intéressant, toi la bouteille! Et moi-même, qu'est-ce que ça peut me foutre, la vie d'une bouteille? On ne se comprendrait pas. On n'a pas le même langage, pas les mêmes codes, on n'est pas du même monde! Notre relation, c'est ici et maintenant, parce que c'est moi, parce-que c'est toi, et d'ailleurs ça pourrait être une autre, je pourrais être un autre! L'important, c'est ce qu'on va faire ensemble tous les deux.
On se retrouve autour d'un verre et je t'engloutis. J'ai un problème avec l'alcool, c'est vrai. Je veux bien le dire. J'aimerai même pouvoir t'en parler. Mais comment te dire que j'ai un problème avec toi! Comment t'expliquer que le problème, ce n'est ni toi ni moi, mais ce qui se passe entre nous? Je ne suis pas malheureux de ne pas te voir. Je ne suis pas malheureux de te voir. Je suis souvent malheureux après t'avoir vu. Comme si j'attendais autre chose de toi, quelque chose que sans doute tu ne peux pas m'apporter. Mais je veux croire qu'un jour tu le pourras, que tu ouvriras les yeux, et que nous ferons de grandes choses ensemble, que tout ne s'arrêtera pas là, comme ça, une fois que je t'ai bue!
Je t'aime, tu le sais ça, je t'aime. Mais qu'est-ce que mon amour, pour toi? Tu ne comprends que ce que tu veux comprendre, tu n'entends que ce que tu peux entendre. Avec tes oreilles de bouteille... Quelque part, ce n'est pas de ta faute, c'est juste... Que je m'accroche à l'illusion qui me fait croire que tu pourrais être comme moi, partager mes sentiments. Bouteille, bouteille, bouteille... Tu me rends dingue. J'ai tellement de choses à te reprocher! Ou alors à moi? Je ne sais pas ce que tu en penses, jamais, je ne pense même pas que tu penses, je ne sais pas, dans le fond, qui tu es.

L'alcool et les gens, c'est pareil.
Quel goût, mais quel goût! Et puis je rentre chez moi et j'ai envie de cracher.

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01 février 2009

Je souris

J'ai piétiné longtemps puis dansé et ri au son de la voix absurde et pertinente de Feriel. Les enfants jouaient et observaient le monde depuis le capot... Place Hoche, on s'est retrouvé tout seuls: le chariot était bloqué à l'entrée de la rue St Melaine et le reste était loin, loin devant... Alors on s'est arrêté manger à Ste Anne. J'ai fini par trouver des bouts de jambon dans mon panini quatre fromages, alors on est allé parler musique ailleurs, et puis ça a été l'heure de rejoindre la grande assemblée. C'était difficile. Je restai jusqu'au bout, seul, ne trouvant pas de crochet adaptable aux connaissances que je croisai, non, je ne trouvais pas ma place. Personne ne semblait trop trouver sa place. Ce sera dur, très dur, et sans doute très décevant.  J'en serai, donc.

Hier soir, je passai quelque temps dans un concert gratuit à la Cité. Au départ, il y avait un groupe de funk, pas très original au premier regard, des jeunes babas qui faisaient de la musique pour jeunes babas avec clichés et instruments de jeunes babas. Mais ils étaient bon et je finis par me laisser prendre à leur jeu. Je retrouvais la danse: les pieds, d'abord, puis les jambes, les hanches, les épaules... Bientôt je finirais même par sortir les mains de mes poches. Ensuite il y eu de gentils kabiles et puis enfin un enchainement de groupes de rap / hip-hop. Faut arrêter maintenant. Faut arrêter, les éducateurs, les animateurs de quartier, le discours du "s'en sortir par le rap" et bla bla bli et bla bla bla. C'est affligeant le résultat. Ils savent pas ce qu'ils font! Pourtant y en a qu'ont du talent là-dedans, qui balancent bien, qu'ont un truc, quoi. Mais qu'on leur apprenne à faire de la musique, s'il vous plait, c'est pas vous qui venez les voir après, vous achèterez pas leurs disques.

Chez moi, il y a une odeur que j'aime pas. Je crois que je pue.

Nous voilà attablés et les mets délicieux
Parfument nos narines et ravissent nos yeux:
Je souris,
Et vous restez sérieux.

Nous sommes dans la rue, nous marchons côte à côte
Le soleil est radieux, tout va bien mais sans faute:
Je souris,
Vous gardez têtes hautes.

Quand la musique avec la foule nous entraine
Que chacun veut chanter, danser, lâcher les rennes:
Je souris,
Mais vos soupirs s'enchainent.

Nous ne sommes plus que du hasard
Nous ne vivons plus que de mémoires;
J'ai beau sourire
Vous dîtes qu'il est tard...

C'est vrai qu'il est tard et puis la pluie vient des cieux
Nous faire murmurer nos courts au revoirs anxieux:
Je souris...
Vous restez silencieux.

Chapitre Janvier, fini.

Posté par Ivi Kromm à 13:33 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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