Le ventre d'Ivi Kromm

Journal de bord, transport en commun et digestion de vers.

04 janvier 2009

Lettre à ma soeur

C'est vrai des fois je te hais, je te déteste, je me dis même parfois que ce serait mieux si tu n'étais pas là. Toi, tu fais comme si déjà je n'étais pas là. Tu te fous de savoir si je vais bien. Si je suis fâché, tu te fous de te réconcilier avec moi. C'est là toute ma faiblesse, toutes les raisons pour lesquelles je te déteste. Je te déteste car tu me traites comme un objet. Tu me prends, si tu n'arrives pas à faire ce que tu veux de moi, tu me jettes. Si je dis que tu te fous de moi, tu dis que c'est faux, et bien sûr c'est faux, comme un objet qu'on met dans un coin jusque la prochaine fois où l'on en a besoin. Mais je ne suis pas un objet, vois-tu, et j'ai beau passer des heures à te le démontrer, même à te convaincre à l'occasion, je te quitte et c'est oublié. Tu m'oublies. Tu me retrouves toujours sur ta route mais ça ne te procure aucun plaisir, aucune joie, aucun espoir, rien. C'est même l'inverse, tu te méfies et te prépares aux conflits qui vont arriver dès que je n'en pourrais plus de prendre sur moi, d'arrondir les angles, de passer sur tes humeurs, de sourire sur ton passage, de détourner tes attaques, de tout faire pour contrôler ma nature impulsive et nerveuse, pour tenir les engagements que je me suis fixés, avec ou sans toi.

Je n'arrive pourtant pas à te haïr jusqu'au bout, à te tuer une bonne fois pour toute, où alors à te rayer de ma vie pour toujours, ignorer jusqu'à ton existence, résistant aux assauts que seraient l'évocation de ton nom par les autres. Je ne veux pas combattre. Je perdrais par faiblesse, je le sais, je suis un faible, je peux être agressif dans les batailles et clouer les becs, mais je finis toujours par perdre, j'ai peur de la victoire finale, l'élimination de l'adversaire, je ne veux éliminer personne, et surtout pas toi. Autrefois je te frappais mais c'est toi qui gagnait quand même, tout le temps, tu me faisais culpabiliser et payer jusqu'à ce que je quitte l'endroit. Un jour j'ai tout quitté et puis un autre, ce fut toi, et aujourd'hui malgré cette absence il nous suffit de nous revoir pour que ça recommence. Et c'est de ta faute.

Ma faiblesse remonte à loin, sans doute, à très loin dans les tréfonds de la vie. Elle m'empêche aussi d'avoir l'endurance des amorphes et des apathiques, celle qui me permettrait, à défaut de pouvoir te terrasser, d'encaisser tous tes coups jusqu'à ce qu'en donner t'ennuies. Pourtant je vois bien que toi aussi tu souffres, furtivement, quand tu échoues lors d'une confrontation avec trop d'adversaires. Je suis tellement prêt à tout qu'à chaque fois je reviens vers toi pour te montrer que tes alliés sont fourbes, tes objectifs absurdes, tes victimes des frères. Tu m'acceptes et tu m'oublies. Ainsi sans m'en rendre compte, à chaque fois je t'encourage à ignorer cette souffrance que tu semblais finalement éprouver, alors que c'est peut-être la seule chose qui pourrais te faire revenir à la raison. Mais je sais que si je te laissais souffrir la douleur et la peur m'envahiraient avant que je n'aie pu m'éloigner raisonnablement.

Je n'ai toujours pas la solution, je me sens seul dans cette recherche et j'ai mal, comme à chaque fois, j'ai très mal. Pourtant voici une nouvelle lumière: je me suis débarrassé de mon carcan historique. Je me suis débarrassé de mon carcan analytique. Je me vois ici, maintenant, dans mon rapport avec toi, seule chose qui me fasse exister, ou du moins, dans ce que je distingue pour l'instant, car je présume que nous sommes un même axe d'identité, enfin, je me perds dans mes repères et me voici, nouveau, renversé, je suis un phonème qui vient de découvrir le signe.

28/12/2008, Rennes.

Posté par Ivi Kromm à 18:13 - Bla bla[0] - Perma [#]

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