30 décembre 2008
Désolé mignonne
Ce soir, j'ai rencontré Herveline. Herveline de la Haie St Hilaire, ou quelque chose comme ça. Une noble. Elle m'a interpellé parce-qu'elle trouvait que j'avais l'air perdu, et elle croyait que c'était elle qui me perturbait, elle sait bien qu'elle perturbe les gens des fois. Moi je l'avais remarquée dès mon entrée dans la laverie. Elle, assise là avec son sac de courses et sa bouteille, j'avais trouvé ça énorme et je m'étais tout de suite dit que j'allais discuter avec elle mais je me consacrai d'abord à mon linge et puis allai finalement m'asseoir à ses côtés. Ne sachant trop s'il y aurait discussion ou pas, je sortis mon bouquin à rendre il y a un mois à la bibliothèque de section mais c'est à ce moment-là, donc, qu'elle m'interpella. La conversation s'engagea rapidement sur l'âge de Charles Aznavour qui souriait en une du Direct Soir. Elle proposa 70 ans. Je disais plutôt 80... C'était 85, je gagnai. Et puis elle me parla beaucoup de son idole, Etienne Daho, de ses nombreux débats au sujet de son appartenance à la ville de Rennes. Nous conclûmes qu'il avait fait ses études ici, qu'il avait débuté aux Transmusicales et qu'il avait été soigné pour son Sida à Pontchaillou, mais qu'il n'était pas né à Rennes, qu'il n'était pas rennais d'origine. Elle trouvait ses chansons ouvertes, ou en tous cas qu'il était ouvert dans ses chansons. Je lui dis que j'aimais bien, aussi, sans rentrer dans des détails inutiles.
On a longuement échangé sur les assistantes sociales, les flics, les balances, les nobles. Quand je suis parti, après avoir fourré mon linge dans mon sac à dos, je m'aperçus que tous les autres étaient sortis dehors alors qu'à mon arrivée, les gens attendaient dedans. Elle me balança « Merci de m'avoir écouté », on échangea nos prénoms et on se dit « A la prochaine »...
Herveline ne veut pas de logement. Elle se sent enfermée, elle n'a pas l'habitude. Elle veut être libre et droite. Elle fera pas le tapin, ça non, elle l'a fait pour nourrir son frère mais elle ne le fera plus. A son âge, quelle drôle d'idée, ça ne me serait jamais venu à l'esprit mais c'est peut-être pas si évident: c'est une femme, elle a besoin de chaleur et c'est d'ailleurs pour ça qu'elle s'est retrouvée dans cette laverie l'autre soir, il fait froid en ce moment. Ce connard de patron l'a trouvée dans le coin au fond où elle s'était cachée avec Omar. Elle lui a éclaté sa bouteille sur la gueule.
Des bouteilles, elle en aura d'autres. A la supérette, elle est respectée, ils savent bien que c'est pas une balance, elle, au moins, ce soir elle en a eu une troisième gratuite.
Avant d'aller à la laverie j'avais passé une heure à comparer des manuels d'anglais à partir d'une leçon sur le futur simple, des manuels de décennies différentes. Comme je dois être noté sur la description que j'ai fait de la présentation des quatre documents, je m'étais vraiment foutu dedans pendant une heure, presque jusqu'à trouver ça interessant! Elle était mignonne, l'étudiante qui me racontait ce qu'elle avait raconté sur les manuels d'anglais... Herveline est vieille et moche, mais j'irai discuter avec elle, désolé mignonne.
08/12/08 Rennes, chapitre, 20h.
28 décembre 2008
C'mon, explode.
Tangi (remasterisé)
Ha n'out ket prest, paotr a skiant,
Ha n'out ket prest da 'n em rannañ?
Da rein diouzhit, just 'tamm bihan,
D'ar re 'zo vitout ho kanañ?
Ale, ale, butun ha tan!
Deomp 'ta hon daou er wenojenn
Da dastumm bleuñv, keuneud ha man
Ha kiklañ brav ar murioù gwenn.
Na pez ket aon, paotr a skiant,
'Vefomp skuizh 'n eil gant egile!
Larfomp ket hon seizh sakramant
'Vit mont da gousket barzh en ur vez.
Ma 'n omp stagomp toud asambles
'Vo ket gant chadennoù ponner
'Vo ket gant mann 'bet met gant nerzh
Da vont en hent kreñv ha seder.
Ale bez prest, paotr a skiant,
Lez plas 'vitomp, bez 'zo 'vitout
Pell 'zo breman ec'h anvean
Ar pezh 'teus ezhomm, ale, prest out?
Setu'r yaouankizoù diac'hen
Sioul an traoù ! Ro ur santimant,
War'l lennig, kasomp ur wagenn
Laoskomp a-gostez : an arc'hant.
Laoskomp a-gostez: kasoni,
Skuizhder, glac'har, ha klenvedoù
Vo ket plas 'vite barzh hon zi
Leun a vuzik hag a c'hoarzhoù!
Dre belec'h kregiñ kamalad?
Tangi! Soudardig ma c'halon
Ma n'eo ket aet ar vag d'ar strad
Deus 'ta bremañ davedon.
11/12/08 . C'mon c'mon.
10 décembre 2008
Sous les combles
Après une courte hésitation, j'attrapai un pot de marmelade d'oranges amères et filai vers les caisses. Comme d'habitude il fallut poiroter, poiroter... La caissière était amorphe, mais ce n'était pas pour ça qu'on devait poiroter, elle allait aussi vite que les autres mais il y avait beaucoup de monde. Elle n'était pas amorphe dans ses gestes mais dans son attitude. Je balançai mes courses dans des sacs poubelles et m'étonnai du montant puis je sortis. J'avais une douleur au gros orteil gauche depuis le matin, alors je le bougeai dans tous les sens pour remettre les choses en place, la mendiante en fut décontenancée et balbutia quelque chose d'incompréhensible que je ne cherchai pas à comprendre: le hérisson m'attendait.
Je filai sous la pluie, mes sacs poubelles à la main. Ça devenait de plus en plus désagréable. Je me mis à longer les murs et puis choisis soudainement une porte pour aller me réfugier. J'étais dans le tambour. Des jeunes riaient et parlaient fort avec un ton qui me rappelait un gars de la télé. Je me trémoussai rapidement pour faire tomber l'eau et m'assis, puis posai mon sac à dos pour en extirper le dossier sensible. Toujours pas de nouvelles du hérisson. Je lui envoyai un message puis fouillai mes poches à la recherche de tabac, mais trouvai au passage des écouteurs qui me firent passer l'envie de fumer et je me branchai sur la radio. C'était une évocation rêveuse des français et maghrébins trucidés pendant la première boucherie mondiale. L'intervenant était photographe, ami de feu le célèbre antimilitariste dont je n'avais jamais entendu parler, c'était morbide, puissant et à vrai dire j'étais prêt à me lancer dans la lutte quand la présentatrice dit qu'ils allaient devoir s'arrêter le temps d'une alerte-enlèvement. Il y eu en effet un bruit d'alerte et un journaliste prit la parole pour raconter des histoires de bébés et de grosses femmes aux manteaux noirs dans un coin inconnu, sans doute du côté de la capitale française. C'était glauque. Quand l'émission reprit, je n'étais plus concentré et heureusement le hérisson arriva à ce moment-là. Je remis rapidement les pièces détachées dans l'ordre, lui remis le dossier ainsi qu'un paquet d'autres que j'avais pris soin de vérifier, et puis nous nous racontâmes nos vies pendant quelques instants. Je remis mon sac sur mon dos, empoignai les courses et le laissai près des vélos, c'est là d'ailleurs que je remarquai que les gens nous regardaient avec incompréhension, n'entendant pas un traître mot à notre dialogue. Comme ils restaient calmes, prétendant même ne pas se rendre compte de quoi que ce soit, mimant la personne qui ne fait rien, ne pense rien, enfin, exactement l'attitude de ceux qui pensent quelque chose qu'ils ne veulent pas qu'on remarque, je sautai dans le métro en les ignorant. Je m'assis à côté d'un gros monsieur qui semblait avoir envie de lâcher quelque chose mais n'avait pas, apparemment, de mots à sa disposition. Je remis mes écouteurs: c'était encore le gang des grosses aux cheveux courts et aux manteaux noirs, alors que coupai le tout pour réfléchir aux anarchistes et aux ultra-marseillais en observant mes concitoyens. Tout à coup, une odeur me passa sous la gueule et elle s'intensifia: c'était le gros! Je réalisai que ce qui jusqu'à lors n'était qu'un filet devenait un gaz lacrymo alors je me levai et lui signifiai vertement qu'il puait la merde avant de m'éloigner. Le gros ne broncha pas, il me regardait même avec un regard de désespéré amorphe et c'était insupportable alors je sortis à l'arrêt suivant, le mien, et m'engageai dans les escalators ou différents traders me bousculèrent pour arriver plus vite en haut. Moi, je chantonnais. J'aime chantonner dans les escalators. J'aime surtout voir si les marches vont plus ou moins vite que l'accoudoir. C'est souvent le cas et je m'amuse à ne pas lever mon coude jusqu'à risquer de tomber sur la personne la plus proche de moi. Ensuite, j'établis mon parcours en anticipant le passage des bus, le changement de couleur des feux, tout ça, et me lançai. L'accordéoniste était à sa place, ne sachant pas plus jouer que d'habitude, et interrompant son jeu pour demander des pièces. Il y avait aussi ce jour-là un SDF avec un bonnet de père noël ridicule qui essayait de refourguer des vieilles cartes postales présentant des dessins de merde, il avait dû trouver ça dans la poubelle d'une papeterie, mais je n'avais pas le temps d'évaluer l'affaire, je voulais rentrer, j'en avais marre, partout des images de l'alerte au gang apparaissaient et disparaissaient, des camions passaient avec des haut-parleurs pour donner la description de la grosse à l'imper, et même l'accordéoniste s'y mettait en agitant son vieux soufflet défoncé: « Un bébéééé a disparuuuuuuuuuu... », et ça montait dans des aigus plus que douteux. Devant le bar, j'entendis des voix m'appeler. C'était deux psychologues joyeux qui buvaient des bières et ils me payèrent un verre rouge en souriant et nous discutâmes ainsi pendant quelques minutes. Je leur demandai de garder mes sacs le temps que j'aille au toilettes, mais le bar était bondé, il était impossible d'avancer, même si deux files se dessinaient dans la foule, comme un embouteillage sur une départementale de limaces. Un peu éméché par le vin, je regardais avec amusement l'expression des visages qui passaient à côté de moi, allant dans le sens inverse, nous frottions tous nos grands ponchos trempés quand tout à coup un drôle me fixa plus longtemps que les autres et finit par me dire d'un ton déterminé mais d'une voix retenue: « Tu as une araignée sur la face. » Indécis, je me décidais à traverser la départementale pour accéder aux distributeurs de cacahuètes et de préservatifs. Les toilettes étaient humides et sales, j'en sortis rapidement et quittai les psychologues. Alors que je m'éloignai, il me lancèrent, « Fais gaffe à la grosse en parka noire hein! ». Enervé, je ne vis pas la voiture qui arrivait de la gauche et elle klaxonna un bon coup en pilant devant moi, ce qui me fit bondir comme une étoile.
Quand j'arrivai chez moi, je jetai tous mes sacs d'un coup et m'affalai sur mon tabouret, me cognant contre le pan de mur penché au-dessus de mon bureau, ce qui me fit paniquer et jurer contre cet agent qui m'avait convaincu qu'un appartement sous les combles me ferait entrer dans une nouvelle dimension. J'étais paniqué, j'avais le vague souvenir d'une mise en garde d'un grand docteur à propos des coûts sur la tête, soit-disant que ça pouvait provoquer des traumatismes neurologiques irréversibles par destruction des neurones préposés aux déterminismes humains de la grammaticalité et de la technicité qui malgré une compensation possible ne pouvaient pas être totalement recouvrés. Je me baissai pour ramasser le courrier, un grand encart publicitaire me proposait de faire le 3615 Enfant. Dégoûté, j'allumais la radio, c'était un entretien avec Laurent Voulzy, et le présentateur disait des choses telles que « Laurent, vous avec donc écrit de nombreux tubes, mais tout d'abord voici un communiqué du ministère de la Justice. » Sur le site internet de l'émission, on pouvait voir des clips chauds, comme le scandaleux « I want your sex » de George Michael... C'était d'un mièvre... Alors j'allai m'enfermer dans la salle de bains un instant.
L'instant d'après, j'ouvrai la fenêtre et passai une jambe par dessus le rebord. Ma ranjo percuta une ardoise et le reste de mon corps apparut furtivement sur les toits dans une combinaison de cuir avant de disparaître derrière une cheminée. J'avais le reste de la nuit pour trouver un bébé de deux semaines, type européen, vêtu d'une grenouillère violette.
09/12/2008, Rennes.