24 novembre 2008
Réactions aux actualités, 24/11/08

Evidemment je suis consterné d'entendre le journaliste expliquer que John McCain s'en va bientôt au Bangladesh avec trois autres sénateurs américains "superviser les élections", comme s'il y connaissait quelque chose, mais c'est certainement ce genre de délégation qui affirmera par la suite que les élections se sont bien déroulées ou inversement, après avoir passé quelques agréables journées à goûter les meilleurs plats de la région et à se prélasser dans les palaces mis à leur disposition. Et le journaliste de rajouter "Pourquoi McCain s'intéresse-t-il soudainement au Bangladesh?"
Arrivé là, je prends le problème à l'envers et me dis que les médias sont vraiment le summum de la connerie, que McCain reprend son boulot de sénateur et que c'est très bien comme ça... Jusqu'à ce que le journaliste explique que le couple McCain a adopté une enfant bengalî (si ça se dit bien comme ça) savamment baptisée Bridget. Non, la politique n'existe décidemment plus, et en lisant quelques trucs sur McCain sur internet je réalise que sa carrière politique et sa vie privée sont entremêlées depuis le départ, comme ça, à l'américaine, à la royale: devinez comment s'appelait le père de John McCain? John McCain. Son grand-père? John McCain. Et je vous le donne en mille: le fils aîné de John McCain s'appelle... John McCain IV! Car l'opposant à Barack Obama s'appelait en fait John McCain III. Dommage qu'on n'ait pas plus précisé ce petit nom pendant la campagne, ça aurait rendue l'affaire plus ridicule encore.
Oh, n'allez pas croire que tout ceci m'ait réconcilié avec Obama, mais m'a fait réaliser que si je trouvais depuis longtemps que la "plus grande puissance du monde et gnagnagna" n'était pas un pays laïc, je me rends compte que c'est tout simplement parce qu'en fait ce n'est même pas une république. M'enfin.
Mais ce n'est pas de ça dont je voulais parler non, ce n'était pas ça l'info du jour. L'info du jour, c'était les problèmes du don du... s... perme. On connaissait déjà la chanson "Allez les françaises, faites plein de gosses!", on a le nouveau tube "Allez Messieurs envoyez l'sperme". Absolument aucun débat évidemment, tout les arguments vont dans le même sens. 10% d'hommes stériles, quantité de sperme par homme en diminution nette au fur et à mesure des décennies, et puis on passe directement à la pub: le don est anonyme et gratuit (manquerait plus qu'on paye!), on est en pénurie, allez, venez tous vous branler à l'hôpital, en gros.
Eh bien permettez-moi de siffler la chanson: pour ma part, c'est hors de question. Non, le sperme n'est pas une sauce à faire tourner. On peut si on veut en mettre une cuillerée dans différentes assiettes, soit, mais on ne peut pas la changer de pot au hasard! Derrière ce débat, c'est une conception assez légère de la sexualité, de la paternité (le journaliste précisait qu'il n'y avait aucun risque de voir débarquer chez soi quelqu'un se revendiquant de vous quelques années après un don... Mais pourtant, cette personne serait DE FAIT notre enfant!) et surtout du fait d'être parent, de la transmission de la vie, de la vie. La même idée qui flatte la française comme une vache laitière. Tout ça ne vaut plus rien aujourd'hui. Ce qui vaut, c'est l'état. Il faut alimenter l'état car tout le monde en bénéficie, du coup en travaillant pour l'état on travaille pour nous garantir certains services, certains avantages... On pourrait donc croire que l'Etat, c'est le collectif, eh bien non, c'est l'égoïsme. Il y a besoin de plus d'enfants? Allez, j'vous offre ma capacité à me reproduire. De manière gratuite et anonyme. Mon enfant ne sera pas mon enfant, il sera une personne de plus au service de l'Etat, donc à mon service.
Vous allez bien sûr me dire: mais ces pauvres hommes stériles qui ne peuvent pas avoir d'enfant? On peut quand même les aider! Eh bien non. Cette aide ne va pas "de soi" et ne doit pas être un phénomène de masse. Seul des hommes ayant refléchi et mûri une position de renoncement à une partie de leur descendance (j'utilise un lexique proche de la notion de propriété, mais celle-ci n'a évidemment aucune application ici, il s'agit plus de la notion de filiation) peuvent faire ce choix.
De toute manière, tout ceci est une énorme supercherie puisqu'on sait bien que le sperme recolté ira à des banques de spermes qui servent plus aux femmes désirant "faire un bébé toutes seules" comme dit la chanson. Cette idée est également dérangeante, puisqu'elle affirme le droit de la femme en écrasant celui de l'homme, mais surtout parce qu'elle autorise ici ce qu'elle interdit ailleurs, par exemple au sein des couples homosexuels.
On oublie surtout qu'il y a une autre solution (ancestrale, d'ailleurs) à ce problème! Une solution toute simple, et qui permet en plus une régulation sociale efficace si elle est bien organisée: l'adoption. Car il y a des orphelins, des enfants abandonnés, etc, et si tous les adultes, malgré leurs déficiences physiques, ont droit à avoir des enfants, les enfants ont un droit égal à avoir des parents quelque soit leur histoire. Mais si l'adoption n'est pas plus promue, c'est que l'objectif à atteindre n'est pas, pour nos dirigeants actuels, l'épanouissement des familles, mais la production d'enfants pour payer les retraites.
Dernier point capital et grand absent du débat (peut-être parce que le débat n'est pas permis): l'origine, la cause de la stérilité et de la baisse de la quantitié de sperme par homme et par acte sexuel, si j'ai bien compris. Les fautifs pourtant sont connus: on parle des plastiques, des pesticides... Sans qu'aucune décision n'en soit tirée. Alors on pourrait laisser le nombre de stériles augmenter indéfiniment pour parvenir à une société où il y aurait les taureaux géniteurs et les boeufs travailleurs? Décidément, on est de plus en plus bovins. Cette simple et minuscule information est en fait un point de départ pour une réflexion globale sur notre société auto-destructrice. A nouveau, on constate que ce n'est pas le gouvernement de Nicolas Sarkozy, avec sa Boutin, qui défend nos valeurs contre les homosexuels. Les homosexuels n'ont rien avoir là-dedans. Nos dirigeants eux-mêmes ont pulvérisé la notion de famille, de foyer, et nous vident petit-à-petit de ce qui fait de nous des humains, de notre substance humain... Autant spirituellement que physiquement, et c'est le côté amusant de la chose, si l'on aime un peu l'humour noir (transition).
Mieux T'encore (pour la route)
Dans une émission d'histoire juste après ça, on évoque l'évolution de le la perception de la couleur noire à travers l'histoire, la mode, etc... En conclusion, on voit qu'aujourd'hui le noir est une couleur comme les autres, même plus, puisqu'on s'habille plus facilement en noir qu'en jaune sans y voir de symbole. Rien de bien politique là-dedans, si ce n'est la mise au bûcher des présumes sorcières autrefois... Mais l'auteur termine quand même en disant qu'après tout, l'élection d'Obama correspond à cette tendance, aujourd'hui, le noir est accepté.
Les Républicains ne louperont plus le coche: la prochaine fois, ils consulteront Paco Rabanne avant de choisir leur candidat.
18 novembre 2008
Chronique de transports
Chroniques aléatoires, histoires courtes et pensées, produites ou observées dans les trains et les gares. Chroniques de bord de route, de troquets ferroviaires, d'auto-stop où l'on doute et de rues piétonnières.
Dans les bus le matin, les cars vides qui filent, les avions près des villes et quelques flux marins, je me laisse emporter, rêvassant et curieux , allant vers le lointain... Je me laisse exister dans le monde merveilleux des transports en commun.
Et puis nous, la grande communauté des nègres du monde, nous avons une nouvelle voix.
17 novembre 2008
Dépression

La serveuse me sert mon café et en revenant vers le comptoir le rémi devant moi trouve un prétexte pour l'interpeller puis se lance:
- C'est calme, aujourd'hui...?
- Oui! Ouais... Les vacanciers...
- Ah les vacanciers!
- Les vacanciers sont partis. Une autre année qui commence quoi!
- Ah bon...
Il y aurait tant à dire sur ce petit dialogue. Tant à dire sur cet imbécile parisien ou de je ne sais où. Tant à dire sur cette serveuse. Il y aurait tant à dire sur tout le monde qui nous entoure. Parfois on se lance, parfois on lance une échauche de raisonnement... Mais les flèches de la vie nous empêchent d'aboutir, elles piquent, elles chatouillent, elles blessent.
Moi j'aimerais te dire que je vais mal, que je ne trouve ma place nulle part depuis mon retour, que tu me manques, qu'il n'y a que toi et qu'il n'y a jamais eu que toi, enfin, je crois, je ne sais pas.
Mais ce n'est pas le bon moment, c'est plutôt toi qui a besoin de moi, alors je bouffe mon chapeau et j'avale mon café immonde en trois gorgées. C'était un rallongé, hein, ne me prenez pas pour... Et puis si prenez-moi. J'm'en tape. En un sens j'aime cet état de dépression parce que je m'assume totalement. Le regard des autres, des étrangers, n'a plus aucun intérêt, je pourrais danser la gigue devant leurs gueules de lobotomisés et peut-être leur foutre enfin la grande claque qui les réveillerait.
Le regard de ceux que je connais, c'est différent. Je prends mon visage de fou touché par le miracle de la vie, par la grâce de la joie, j'offre du rêve, comme dirait l'autre, sauf que moi c'est du vrai rêve pas de la fourberie, pas de l'envie, mais du rêve qui donne envie d'avancer, d'aller de l'avant, de sauter en l'air et de s'apercevoir alors que l'air vous porte. Voilà ce que j'essaie de faire et inutile de préciser qu'avec quelques bières et shots de vodka ça marche plutôt bien. Parfois pas tout de suite, et puis des mois, des années après, on me dit "C'est toi" et alors je me dis que ma dépression, elle sert pas à rien l'ami, elle sert pas à rien alors qu'on en profite. J'paye ma tourn'.
30/08/08
16 novembre 2008
Fasciné
« Un jour je me suis lancé, mon élastique bien nouée autour du cou, dans le Festival du Bout du Monde. Ça faisait quelque temps que je n’avais pas fait de festival. C’était bien, bref. J’ai vu de belles choses, j’ai vu des choses puissantes, j’ai vu des choses sympathique. Où était l’émotion ? Où étaient ces choses que jadis je ressentais très fortement ? Elles ne venaient plus que quand j’étais seul. Bizarrement, elles sont venues avec Mouss et Hakim, dans les vapeurs d’alcool du début d’après-midi. La veille, il y avait eu les Têtes Raides, bon, de loin, Macéo Parker, bon, du jazz, Alela Diane, bon, pas mal quand même, Camille, la claque bien sûr, mais quelque chose m’empêchait d’entrer en transe, et la transe est venue avec Mouss et Hakim. Elle ne vient presque plus qu’avec la lutte, la colère, la sensation de force, de groupe. C’est pour ça que j’avais fuit Emir.
Le lendemain, donc, après ça, après le plan pour que la grosse passe les vigiles, après Thiéfaine et Personne aux premiers rangs, Pura Fe’ défonçait ses potions sous le chapiteau. La vieille sorcière magnifique, là ça aurait mérité un premier rang! Vieux Farka Touré avait l’air d’un imposteur, je ne sais pas pourquoi. Je ne veux pas tellement savoir. Je me fous, finalement, des choses qui servent à s’amuser. On oublie le Taraf, on oublie Maalouf et surtout, on oublie cette lamentable daube de Tiken Jah, on boit une bière sous la flotte et on va se coucher. Demain, il y a Soldat Louis. Quelle poisse. »
Mon journal de bord n'a pas été beaucoup plus loin. Le festival du bout du monde est un formidable lieu d'insécurité bien que restreint, qui permet des rencontres artistiques sans précédents et ce à ma grande surprise car je pensais que ce côté voyage à domicile était un peu marketing et plein de poudre aux yeux mais finalement non, car c'est aussi un festival à taille humaine et malgré tout ce que cela implique quelque chose s'y passe, seule la notion de communauté pourrait me gêner là-dedans, la notion de privilège, la notion de privé. Privé, public. Je pense à ça, vous me direz, comme si j'avais une quelconque influence sur le problème des festivals. Sans doute. Il n'en reste que ce soir j'entends Jane Birkin à la radio, elle chante une chanson de Tom Waits. Ça me fait un de ces effets. Elle chante ça beaucoup mieux que ses propres chansons, c'est fou, elle interprète, elle ne raconte pas sa vie. Les interprètes ne m'ont jamais trop intéressé, mais peut-être des gens qui ont été formaté comme ça deviennent très bon là-dedans et pas ailleurs, sans être mauvais à priori ailleurs, mais des gens qui ont vraiment travaillé la question, sinon, TF1 aussi produirait des artistes hors le problème de ces gens, c'est qu'ils ne font que chanter. Il n'en reste, disais-je, que j'entends cette reprise, et que ça me rappelle tout un tas de choses, ça me rappelle Emilie Simon jouant quelques notes avec un sourire gentil et se lançant tout à coup dans une audacieuse et parfaite reprise de Nirvana, ça me rappelle... Les festivals. La foule. Ce soir dans la rue de Rohan il y avait une voiture de flics, puis des gosses qui tenaient des torches, puis des femmes voilées qui faisaient le cri des arabes là, puis les hommes aux cheveux courts avec des vêtements classiques, des travailleurs, portant des banderoles, et marchant vite... Cette petite foule qui n'avait pas l'habitude des manifs de toute évidence criait sans jamais s'arrêter « Libérez ... ». J'ai pris le tract, c'était des kurdes. Mais en rentrant chez moi, et avec Jane et tout ça je me disais... La foule. La force. J'ai envie de suivre, je suis... Fasciné.
15/11/2008
15 novembre 2008
Lampadaires

Est-ce que tout ça est seulement dans ma tête? Le pavé défile sous moi et je suis faible quand j'ai l'air fort, je suis mou si j'ai l'air dur, je suis mal et j'ai l'air bien. Je fais toujours tout pour être bien mais c'est jamais satisfaisant, je me dis, toujours, et ceux-là, là-bas que font-ils? Dans leur vie magnifique. Le capitaine, la droguée, le chanteur, le gosse de riche, l'aviateur, la militante, l'écolo, la bordelaise, le canadien, qui sont toujours plus beaux, toujours plus expérimentés, toujours plus chanceux dans leur vie souriante alors que je suis là avec mes petits problèmes, mes frustrations, je regarde le lampadaire. Je serais là ou pas... Je ne suis décidément rien et ainsi rien ne me touche, ou plutôt personne, et puis je rencontre un indien qui pense que c'est moi la vie magnifique, qui n'en revient pas de ce que j'ai fait, et je me dis que oui, sans doute, c'est moi. Mais l'indien finalement ne veut pas la partager, il ne troquerait pas sa vie alors non, non, ce n'est pas moi, qu'il passe son chemin et qu'il me laisse seul avec mes lampadaires.
Je suis désespérement seul.
Sans doute que demain, la pause sera terminée et je m'envolerai vers une nouvelle vie où je serai fantastique, les yeux écarquillés et je pourrais être moi, choisir mon vrai visage car je ne mets jamais de masque. Ce sont les autres qui me les accrochent sur la tête. Ce sera fantastique et puis ça finira et je serai à nouveau là, seul, toujours seul. Les folles amitiés soudaines deviendront de vieilles et lointaines connaissances, les vraies amitiés d'antan reprendront leurs places inutiles et alors, alors, je me retrouverai là, à me demander si tout ça n'est pas seulement dans ma tête.
Kerinou, 29/08/08
14 novembre 2008
Reviens, reviens!

Je riais la bière à la main
Et à côté de toi assis
Quand tout à coup t'as voulu savoir qui j'étais et t'es partie
Comme je ricanais de ton grain
J'ai dit « Reviens! Reviens!
Et tu sauras qui je suis. »
T'étais bourré, t'étais violent
Et tu menaçais mes amis
Quand tout à coup t'as foutu l'camp, affolé, gueulant « Mais c'est qui? »
Comme je chantais des refrains
J'ai dit « Reviens! Reviens!
Et tu sauras qui je suis. »
Tu étais tendre et envoûtant
Tu voulais mon corps et mes nuits
Quand tout à coup t'en as eu marre et vers le monde tu as fuit
Comme je repoussais tes doigts blancs
J'ai dit « Reviens! Reviens!
Et tu sauras qui je suis. »
Je te disais qu'on était bien
Que t'étais belle toi aussi
Quand tout à coup tu t'es cassée en grommelant « t'as rien compris »
Comme je souriais niaisement
J'ai dit « Reviens! Reviens!
Et tu sauras qui je suis. »
Ouais si tu r'viens... Reviens, l'ami! Toi seul sauras qui je suis.
Kerinou, 29/08/08.
13 novembre 2008
Hey Sister

On vit, on s'aime, on s'engueule
Les canines des canins s'enfoncent dans la chair
On rit comme les félins feulent
Et puis l'on oublie tout en fermant les paupières.
But you're gone, sister, now
You're gone, and I miss you
You're gone, and I need you
I feel it I'll be better when you're back
And you're back
And nothing happens
So I said "Hey! Sister...
You're my sister, right?"
Cette fois tout le monde est là
Et l'on peut enfin voir que l'on est seul
Et devant: les grandes statues rient et gueulent
Tu vas tracer ta route dans leurs pas.
Et t'as pas peur
Ehehe non, j'ai pas peur
Avancer, affronter, et continuer
Jusqu'au bout
Mais elle pleure
Ehehe, elle pleure...
So I said "Hey, Sister...
You're my sister, right?"
Kern, 26/08/2008
07 novembre 2008
Médiation

- Personne te demande jamais rien, t'as remarqué? Personne te demande ton avis. Non pas que tu sois invisible ou transparent, non, au contraire, on voit bien que t'es là. Peut-être que tu parles trop. Peut-être pas de la bonne manière. T'as l'air sérieux et ennuyeux, tendance lourd, alors que dans le fond tout ce qui t'intéresse c'est un peu d'émotion et une bonne tranche de rigolade, n'est-ce pas? C'est pas tellement ton truc les sensations fortes. Ça t'intéresse pas. Limite si ça existe, dans le fond... Alors que les rapports humains, ça ça pète. Ça ça vaut le détour et la dépense d'énergie, ça ça vaut bien qu'on se foute du reste. Se sentir investi dans un groupe. Se sentir une mission, une place, une responsabilité. Oh, on a trop jazzé sur les sociétés comme ça où l'on ne peut sortir du rôle auquel les dominants voudraient nous cantonner. Les femmes, par exemple, ça on en parle. On dit tout et n'importe quoi d'ailleurs. Ces histoires d'égalité, ces histoires... T'y crois?
- Non. J'aime les différences, justement.
- Mais tu ne crois pas que ce soit quand même... une sorte de prison?
- Pas si c'est conscient. Si on comprend. Si tout le monde comprend, qu'on sait pourquoi on est quelque part et qu'on se sent respecté pour ça. Sans pour autant que ça est besoin d'être dit... En général quand on le dit ça n'existe plus. On fait exister les choses par l'abstrait.
- Parce que tout peut y exister? Même les choses les plus inattendues?
- Oui, c'est pour ça que ça dépasse de loin ces histoires de femmes, c'est une affaire d'êtres humains. Ou bien d'êtres tout court. - Les différences n'existent pas de fait. Rien n'existent de fait. Une chose existe à partir du moment où on la pense.
- Tu arrives à faire exister ce que tu penses?
- Non... Parfois, si.
- Alors qu'est-ce qui cloche?
- Moi, c'est moi qui cloche, je crois que c'est moi-même que je n'arrive pas à me penser. Je me retranche souvent sur une nature de fait, alors que je sais qu'elle n'existe pas, mais... Le corps nous y ramène. La peau. Le cœur.
- Tu veux dire que le corps fait illusion? Dans quel but?
- Je sais pas. Peut-être que ça aussi c'est une illusion. Qu'on demande au corps de s'attribuer une responsabilité qui est en fait la nôtre. - Tu oublies que sans le corps, tu n'existes pas. Tu n'es rien. Tu n'es même pas poussière. Il faut que tu apprennes à mieux cerner cette abstraction-là. Ce lien intime et inexplicable entre le corps et l'esprit. On oublie l'âme, d'accord, ce vieux mythe ne sert à rien. Mais nous sommes bien deux. Tout est deux, tu comprends? Oui, tu comprends. Alors qu'est-ce que tu veux, finalement?
- Je voudrais qu'on me surprenne. Pas qu'on se fasse surprenant, non, qu'on me surprenne moi.
06/11/08
06 novembre 2008
Hum...

J'ai envie de rouge, du rouge jusqu'à plus soif. J'ai envie de tabac, j'ai envie d'une clope, j'ai envie d'un narguilé et d'une vie saine, j'ai envie d'arrêter le tabac, j'ai envie d'avoir un four et une poêle, j'ai envie de respirer la santé et d'impressionner par mon pouvoir de vie, j'ai envie. J'ai envie, j'ai envie de connaissance, j'ai envie de m'abreuver, j'ai envie, j'ai envie de musique, j'ai envie d'art, de profondeur, j'ai envie de vérité, de légitimité, j'ai envie de blues, d'éternel, de transmission, de culture, de divin, j'ai envie d'ailleurs, j'ai envie de liberté, j'ai envie de simplicité, j'ai envie de sécurité, j'ai envie d'envie, d'impulsions, j'ai envie de possible.
Je suis là près de mon rouge et j'ai envie, j'ai envie, j'ai toujours envie et je cherche le moyen d'assouvir mes envies. Je reviens après ma clope.
J'ai trempé mes doigts dans le fromage de chèvre et déchiré ma feuille. Je recommence tout.
Et merde, j'ai pas envie d'attendre, d'étendre mes jambes, j'ai envie de tant de choses, j'en commence sans arrêt, je suis hyperactif, je n'aboutis à rien, je vais arrêter, je vais arrêter, je veux arrêter, je veux continuer, parler à tout le monde, ne parler à personne, être seul dans mon coin, mettre les points sur les i avec ces demis inconnus, laisser planer les doutes et les envies, j'ai envie d'être en vie.
Un peu d'amour, d'eau fraîche et pêche mais ça mord pas comme ça veut, non, ça mord pas, il pleut, y a que les crapauds à sortir par un temps pareil, y que les crapauds, tire ce qui pue pas l'oseille car on devient bourgeois plus vite que son ombre et sous les peupliers je ne dors plus souvent. La fureur du pavé m'énerve, me comprend, mais ne satisfait pas ce que je voudrais être et quand est-on un homme sinon quand ses actes et ses pensées s'en vont d'un même pas vers demain, vers toujours?
J'en ai des choses à dire, j'en ai qui trainent sur un coin de moquette tâchée, je me suis assez nourri je crois pourtant je continue, mais je m'attends, je sais, je ne peux plus attendre, il faut que je sorte de moi et vite, il faut que je me porte.
Et alors je vais me taire, ici, je vais me taire pour pouvoir parler. Je me tire et vous tire mon chapeau.
06/11/2008
03 novembre 2008
Chat
Ça faisait longtemps que je n'avais pas été au cinéma. J'étais malade, j'en ai profité puisque je n'arrivais pas à me concentrer - comme si je me concentrais beaucoup en tant normal.
Je suis jeune. Je suis étudiant. Je ne fous globalement rien, je suis du genre à appliquer la loi du moindre effort et je le revendique. Je ne prétends pas représenter la jeunesse, surtout pas, les résultats seraient faux, d'ailleurs on ne m'interroge jamais pour les sondages et ce genre de choses. Quand je dis que je ne fous rien: je suis un bosseur. Quand il faut en mettre un coup, je sais en mettre un coup. Je vais en cours et je suis dedans, je participe un peu, même, je... Mais dès que je suis chez moi je joue au solitaire pendant des heures. Je m'organise pour tout faire par étapes, petit bout par petit bout. Je ne débarasse pas la table, jamais, j'emporte une chose à chaque fois que je dois me lever. Pour aller aux toilettes, par exemple. En quantité, sans doute que je travaille en fait autant qu'un travailleur, si l'on considère qu'un travailleur tué à petit feu par son travail ne fait rien en rentrant chez lui. Il s'arrête, il ne fait plus rien. Comme une machine qui a trop chauffé.
Oh, je parle bien sûr du travailleur des villes, rien à voir avec la race des campagnes, des descendants directs, non-corrompus par la société d'aujourd'hui, comment dire... ceux qui ne connaissent pas la vie sans travail. Bon, le film était bon, c'était Agnès Jaoui alors, c'était évidemment très bon. Agnès Jaoui fait partie de ces femmes qui me fascinent, pour qui je pourrais tout lâcher, sans doute, comme d'autres de ces femmes... Ce sont surtout des femmes qui me fascinent, je me demande bien pourquoi. Enfin, je sais très bien pourquoi. Mon éducation, ma mère, tout ça... Mais je me suis échappé de ces choses qui soi-disant nous enferment, aujourd'hui certains hommes aussi me fascinent. Pas de la même manière, bien sûr, les femmes me charment à priori... Les hommes me séduisent. Je suis un peu un bisexuel du coeur. Je suis assez complexe, ouais.
Mon récit commence le 17 octobre comme je sortais du cinéma. Je me disais que quand même la vie était belle, qu'il y avait du soleil même dans cette horrible rue du Cartage et je m'amusais à détailler les gens puis à m'imaginer ce qu'ils pouvaient bien se dire en me détaillant. Juste avant chez moi un mec me regardait justement et je me demandait s'il voyait derrière cette démarche énergique, cet aire joyeux et décidé, recherché, ce jean trouéde manière ostentatoire comme il faudrait dire, cette écharpe verte et ce blouson de cuir, derrière cette silhouette pivotant soudainement vers le truc à digicode pour ouvrir... S'il voyait donc ce qui se passait sous les racines de ces cheveux-là... - on sait pas trop ce que c'est... Coiffure de drôlibus comme diraient les grand-mères. - S'il voyait que ça m'emmerde moi ce digicode! Pourquoi s'enferme-t-on comme ça?
Mon rêve, ce serait des maisons sans portes, ou alors avec des tentures, enfin des trucs que chacun pourrait franchir sans problème, mais ne le ferait justement que dans le respect de la personne qui loge derrière! La confiance! La liberté! Ces choses qui nous manquent... Le rêve! Il faut quand même se rendre compte que j'ai trois portes à franchir pour arriver chez moi: celle du code, celle de la clef, et enfin celle de mon propre appartement. Ma grand-mère, elle, n'en avait qu'une à laquelle il n'y avait pas de serrure et puis de toutes manières, elle était toujours ouverte. Mais nous sommes ici en ville, et il y a des gens bizarres, oui, des gens non recommendables, des fous qui parlent tout seuls et des drogués, des policiers aussi qui nous guettent, c'est dangereux. Et voilà d'ailleurs ce que j'ai à raconter: il y avait hier soir un fou dans ma rue. Je ne sais ni pourquoi, ni comment, de ma fenêtre je ne vois pas le pavé, je ne vois que les toîts. Mais un fou a traversé le quartier en hurlant "MIAOU!" plusieurs fois de suite. Et sans imiter le chat, non, en articulant bien, comme on est forcé de faire quand on hurle d'une voix aigüe.
Toute la journée aujourd'hui j'ai senti qu'il y avait quelque chose de différent. Tout allait bien, je faisais mes petites observations comme d'habitude, mieux que d'habitude peut-être mais quelque chose n'allait pas, surtout dans mon appartement. C'est quand je me suis assis par terre devant mon écran pour me lancer dans une Dame de Pique que j'ai compris. C'était très silencieux. Aucune ombre ne passait dans le reflet du velux sur la moquette; et j'ai levé les yeux... Il n'y avait plus aucun pigeon sur les toîts. Plus un bruit.
17/10/2008 Rennes.
