Le ventre d'Ivi Kromm

Journal de bord, transport en commun et digestion de vers.

29 août 2008

Vieille emmerdeuse

La fourmi veut pas donner son miam, miam
La fourmi veut pas donner son miam, miam
La fourmi n’est pas prêteuse, c’est une vieille embêteuse
Plutôt crever que de donner un gramme, gram gram gram gram

Alors qu’elle crève, franchement, dis-je au militant de LO. On passe notre temps, on a toujours passé tout notre temps à lui chiper des bouts de miam, à la forcer à nous filer un plus gros bout, à inventer des stratagèmes pour la forcer à nous distribuer une quantité de miam par période, un nombre de grammes par famille, etc, etc… Et puis ça dure jusqu’à ce qu’on crève et nos enfants feront pareil alors merde, qu’elle crève, qu’elle crève, qu’elle crève la salope et le miam pour tout le monde. Terminé.


Tout le monde sait qu’elle a pas bossé, enfin bon, on va pas se retaper les arguments on est d’accord. ON LA CREVE !


Mais attention hein, c’est pas le tout d’la crever, faut pas oublier la vieille blague raciste là, celle où tu prends le poiscail ou bien t’apprends à pêcher ? Pas trop vite, tout ça doit être réfléchi, pour pas laisser aussi une autre, les autres fourmis… Mais on réfléchira après. ON LA CREVE !

23/08/08 Kerinou.

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27 août 2008

C’est quel bus qui va à la maternité s’il vous plait ?

D’abord c’est brun, sur le dessus, et touffu, ça tombe en cascade, c’est un peu gras… Juste en dessous, c’est comme un hexagone un peu pressé par les côtés, c’est mat et plat, avec ces deux boules humides et colorées qui vous transpercent. Entre les deux, une longue falaise qui s’arrête brutalement pour laisser place aux deux battants sensuels de l’ouverture… En dessous, une solide colline et on tombe sur l’énorme cage musculeuse. A droite, une énorme pale qu’on imagine talentueuse et surprenante. A gauche, exactement la même ! Encore plus affolante et l’on glisse dans ce petit vallon, entre les deux larges plaines au sommet desquelles deux chapelles de désir sont érigées, et l’on trébuche avec délice sur les sillons creusés par la force, ça n’arrête plus, c’est long, c’est bon, ça s’aplatit un peu une fois passé le puits à jamais asséché qui toutefois a gardé le charme de la transmission de la vie. On continue à descendre, on glisse, pas un poil, et… Crfffft.
Qu’est-ce qu’il fait là ce jean. MB est un menteur, un lanceur de poudre aux yeux évidemment, à quoi s’attendait-on dans un arrêt de bus ?

Avoir un enfant, c’est… C’est avant tout une satisfaction personnelle, c’est… Bon, un enfant, c’est une charge, on est d’accord, c’est des difficultés, c’est du travail, mais c’est aussi… Oui, alors bien sûr il y a les responsabilités, mais c’est pas que ça, c’est beaucoup d’autres choses…
Bon et puis il faudra bien payer les retraites hein !

Kerinou, 21/08/08

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24 août 2008

Vache à veau, taureau à lait

Barmouth_5

Parait que ça y est, la française est championne d’Europe. On lui a bien poli les mamelles avec le sable de Paris Plage, là, et voilà l’affaire est faite, après quelques années de réaffirmation de la nuance sexe faible, sexe fort, on tape pas les filles (ou alors avec une rose), dans le couple c’est l’homme qui ci mais, le chef de famille ! Les… Les coureurs de jupons face aux épouses éplorées mais qui, qui, quand même ! Peuvent regarder le menu ! Ça les stimulera, et hop, hop, ça y est c’est la victoire !
Championne d’Europe la Française ! C’est qu’elle a eu une alimentation bien choisie, hein, et puis l’autre géniteur, ben, il travaille un peu plus pour compenser (parce-que faut tirer par les deux bouts) et après tout n’est-ce pas la moindre des choses ? Et qu’on arrête de se poser des questions d’éducation et tout ce blabla… L’éducation est NATIONALE. On s’en charge ! On va recadrer tout ça, la recentrer sur l’essentiel pour bien préparer ton truc là ton… Ah comment dit-on déjà, ton embryon ton… On va le préparer au marché, lui donner les clefs de l’adaptabilité, et, eh, on va en faire un homme, hein ! Parce que dès qu’il sera en âge, on le lâche dans le troupeau, allez, rebelote !
Le problème, en ce moment, c’est les… Les rérés, comme on dit à Tahiti, tu sais ceux qui... Oui les hommes bien sûr, les femmes on en fait des films et ça excite tout le monde, après elles seront fécondées comme les autres de toutes manières ! Non mais les hommes… Dans l’absolu on n’a pas besoin de tant que ça d’hommes d’accord, un seul suffit pour… Un sacré bon nombre de femelles mais tu vois, plus d’hommes c’est aussi de la concurrence ! Ça motive les troupes, elles mettent plus de cœur à l’ouvrage et ça motive les faibles… Enfin, le beau sexe, elles essayent d’allécher celui qu’elles veulent mais évidemment, c’est comme les chaleurs, ça allèche tout le monde ! Et ça augmente les chances de fécondation.

Finalement, on voit bien que seule la défense acharnée de l’égalité totale des sexes, du concept d’une humanité unique plutôt qu’en deux catégories, contre les romantiques, les féministes, les conservateurs, les intégristes religieux, les profs de sport, les beaufs, les péteux, les mannequins, les hommes d’affaires, les publicitaires et toutes les autres positions majoritaires peut aboutir à des relations homme / femme saines et… humaines. On voit bien aussi que cette position définit le niveau de qualité de toute la vie en société puisqu’elle nous libère d’un schéma aliénant par lequel nous nous faisons manipuler. Nous ne serons PAS des bisons. Nous ne serons PAS des bisons.
Et qu’on ne me parle pas d’animaux d’élevage. Je suis végétarien.

Kerinou, 21/08/08

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23 août 2008

Que d’une oreille

Alors peut-être on voudrait être magnifique et on voudrait comprendre ce qui est puissant. Je ne suis pas sûr qu'il faille comprendre. Recevoir, déjà, très fort, très grand, pour tomber dedans et après on verra.

Quand je l’ai rencontrée, je n’entendais que d’une oreille. En fait, j’étais arrivé là-bas en avion, dans la matinée, et une de mes oreilles, la gauche je crois, quand on me regarde de derrière, enfin de la même manière qu’on définit notre main droite et notre main gauche. Bon.
Donc j’étais là avec mon oreille, attablé sur une terrasse, au deuxième étage d’un immeuble coloré, un poil bourgeois, dans une résidence pour bourgeois dans la banlieue, je veux dire l’extrême banlieue, celle pour laquelle il n’y a pas de métro, un éventuel bus tout au plus, celle qui est déjà dans la campagne, celle des cadres avec femme et enfants. J’étais attablé, j’avais sûrement un pied sur la table, les mains prises par la bière – de la vraie, de la bonne – et la clope, et je discutai, je lançai des trucs enflammés sur la vie et tout ça, jusqu’à ce qu’elle arrive. J’étais un peu gêné de la rencontrer, évidemment, surtout dans ces conditions calmes, intimes, et d’ailleurs je réalisai tout à coup qu’elle était d’une autre planète, plus âgée, plus… dans la vraie vie. Si c’est bien celle-là.
Elle se mit à rire en disant qu’il fallait faire avec moi comme avec les vieux, et on rigola un peu ensemble, mais pas tant que ça et tout du long, il y eut un malaise, dû évidemment à la confrontation des genres et à nos liens particuliers avec le troisième larron. C’était pas facile. Mais petit à petit mon oreille s’était débouchée et je m’étais dit que ça irait. C’était il y a quelques mois déjà.
En fin de semaine dernière mon oreille était bizarre, elle fonctionnait pas bien. Je me demandais si l’absence de cotons tiges ne commençait pas à me peser, ou peut-être était-ce celle de bouchons d’oreille dans tel ou tel festival, et j’utilisai tout un tas de stratagèmes de débouchage sur les conseils de mes parents quand la douleur fut intolérable, doublée d’une crève s’étalant de mes poumons à mes cils. Pour 48€50, on m’indiqua que j’avais une otite. Une otite ! Je croyais que ça n’arrivait qu’aux gosses et aux allergiques ! Je savais même plus trop ce que c’était.
Maintenant je sais, tu peux me croire, d’ailleurs j’ai toujours mal aujourd’hui. Mais ce qu’il y a de perturbant, sinon ce serait pas drôle, c’est que le même jour elle m’appelait en larmes. « Elle me quitte, putain ! ».

20/08/08, soir, Kerinou.

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22 août 2008

Tu ne nous auras pas

Viva_el_amor_

Nous sommes les héritiers des ouvriers de Sochaux. Nous sommes leurs fils. Nous sommes des résistants du peuple, nous sommes en lutte contre les ordres parisiens, contre ses forces locales, contre les grands patrons et responsables qui remplacent la noblesse d’autrefois. Nous sommes pour l’égalité de tous et nous ne voulons donc pas acquérir de privilèges. Nous ne cèderons pas.

On voudrait aujourd’hui nous transformer en sous-patrons. Tous. Les grands patrons nous ont laissés dans la misère pour aller employer à moindre coût des plus pauvres encore dans les pays du Sud. Nous ne serviront pas ces intérêts. Nous n’exploiterons pas les autres, nous les exploités, nous ne nous laisserons pas tenter.

Contre nos propres faiblesses
Nous monterons des mouvements
Nous rassemblerons les peuples.
Tu as eu nos arrières grand-pères
Tu as eu nos grand-pères
Tu as même eu nos pères et pourtant ils ont lutté
Mais tu ne nous auras pas !

Et nous nous souvenons que ta première ligne est parmi nous, qu’elle feint de te mépriser mais ne t’achève pas lorsque tu as le couteau sous la gorge. Nous n’aurons plus de couteaux. Nous marcherons ensemble, vous poussant jusqu’au trou où vous vous jetterez vous-même.

TU NE NOUS AURAS PAS!

13/08/2008, Kerinou

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21 août 2008

Début de sonnet

Nous étions tous assis en cercle autour du feu
Et tout à coup il fit jour et se révélèrent
Des visages et des chants vivant dans la lumière
Juste soupçonnés dans les flammes rouges et bleues.

Ramon et Cécile enlacés comme deux vieux amants
Observant…
Lady la feuille…
Lucille la proche…
Et puis vous, vous, vous, vous, vous…

Dieu que ce monde est déjà loin aujourd’hui.
Je ne serais pas à la fête de la Vivre.
Et sur le goudron tiédasse de la rue Colbert, je m’arrête une seconde pour baisser les yeux. Je vous aimais. J’aimais ces sentiments brusques et soudains, pervers, j’aimais votre ivresse et elle s’est envolée comme elle était apparue, autour d’une bouteille de vin dans une pièce enfumée, où l’on riait, on riait, nous les gens que la vie n’aurait jamais dû réunir, nous riions.
Je ne vous ai pas oublié, c’est juste que…

Ma clope est terminée. A nous deux, rue Colbert.

13/08/08 Kerinou

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17 août 2008

La banque

Barmouth__Abermaw

Je suis sur la grande plage du quartier sud, en short, il est 19h et bizarrement il n’y a plus grand monde… Quelques jeunes là-bas, un couple… Et puis plus près de l’eau, devant moi, tous mes amis. Mes amis, ma bande.
Je m’appelle Warrick Brown. Je suis né le 17 avril 1974 à Miami, je suis de nationalité américaine. Vous m’avez vu dans la série « Les Experts »… Je ne sais pas comment je me suis retrouvé là. Tout ça n’a aucun sens, je suis agent d’infiltration à Miami. Alors je vais vous en dire plus sur moi, sur ma vie légère et perdue dans un tourbillon très lointain de toute cette merde.
J’ai une sœur, Rita. Elle a 27 ans, je l’adore. C’est une intellectuelle coincée mais complètement folle quand on gratte un peu. On a eu une enfance assez particulière et ça nous a vraiment liés. Je voudrais prendre soin d’elle plus que je ne le fais actuellement, mais elle n’aimerait pas ça et j’ai déjà pas mal de choses à régler en ce moment. Ma petite amie, Caro, est aussi ma chef. Elle est inspecteur dans ma brigade. On a commencé à coucher ensemble il y a quelques années, elle aimait les défis et les trucs un peu fous, comme moi, alors on a fini par habiter ensemble, enfin, moi chez elle, le sable me coulait sur les pieds et c’était délicieux, et puis le sable n’est plus tombé, je ne sais pas ce qui s’est passé. Pourtant, on est à l’époque où tous nos amis se mettent à faire des enfants, j’en voudrais bien moi aussi… Quand je vois ce petit Farid, mon filleul, qui a à peine plus d’un an, je me dis que vraiment j’aimerais… Sa mère est une amie à moi. Une actrice porno. Une histoire de fou. Elle a couché avec tous les mecs de ma bande et a disparu en Australie, le temps qu’il naisse, et puis elle est revenue et on a des tests ADN. C’était Jason le père. Il a quitté sa copine pour elle, pour élever son fils, et puis voilà qu’il commence à douter. Il n’a que 23 ans, et il a tout quitté pour suivre cette femme de douze ans son ainée, qu’il connaît mal, dans un pays qu’il ne connaît pas du tout… On le soutient comme on peut, mais il a peur d’être ébloui par le côté sexuel.
Faut dire que c’est un peu notre problème, à tous. On a tous couché les uns avec les autres dans cette bande. Moi-même, il n’y a pas beaucoup de femmes que je ne connaisse pas… La fille cadette et l’ex-femme de Pedro, soit, enfin ses deux ex-femmes, ni la mère de Saya, mais c’est tout. Et encore je ne parle que des femmes. Faut dire que déjà, dans mon travail, j’ai appris à laisser tout principe moral de côté. Je m’adapte aux mœurs des gens que j’intègre. Je suis doué pour ça, je suis très adaptable, je me fais difficilement d’ennemis, au boulot tous mes collègues m’apprécient, le grand chef comme les policiers de base. Je ne m’énerve pas… Sauf quand ça touche à ma sœur. Au départ j’ai eu beaucoup de mal avec Sam, c’est qui l’a… Enfin, j’ai beaucoup progressé là-dessus grâce à Caro et aujourd’hui c’est un pote. Comme quoi !
Voilà, voilà, je pourrais continuer comme ça, j’aime aller au cinéma, je fais un peu de jogging, ma vie est agréable et facile, mon travail pas si dangereux que ça, je n’ai jamais de problème, au contraire, je fais d’agréables rencontres… Les seuls problèmes, ici, sont sentimentaux, je vous le jure, on est tous beaux et le soleil nous entretient.
Ma vie est toute tracée. Je ne sais pas tout, bien sûr, mais quelqu’un le sait pour moi. Bientôt, mon filleul deviendra mon fils adoptif, je crois, mon rival sera mon amant et je vieillirai comme ça, dans la luxure et l’éducation des enfants. Des enfants, oui, car je fais partie d’une banque, une petite banque qui grossit, grossit grâce aux intérêts qu’on lui fabrique. Les enfants. Des intérêts. Des enfants bancaires. C’est Miami Banque.

13/08/2008, Kerinou.

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15 août 2008

Corentin

Sa vie a commencé comme elle s’est finie :
Sur le chemin de Dieu car dès son plus jeune âge
Ne sachant pas que le seigneur l’avait choisi
Il voulut méditer dans ces terres sauvages.

Il partit en ermite seul dans la forêt
Ne mangeant que le poisson qui dans la fontaine
Reprenait toujours forme pour le jour d’après
Ainsi il ne pensait plus qu’aux questions chrétiennes.

Mais un jour qu’il chassait le Roi vint s’égarer
Sans vivres dans ces bois et sa cour affamée
Ebahie vit le saint faire un feu de bois sec !

Le poisson en effet s’était multiplié.
Le Roi s’agenouilla et lui baisa les pieds
« Si tu veux Corentin, tu seras mon évêque. »

Lundi 4 août, début d’après midi, Kerinou.

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14 août 2008

Mes amis

DSCF0244

A cette époque, j’étais toujours malade.
Il me semble avoir déjà réfléchi à ce problème lorsque que j’étais adolescent, et avoir conclu qu’avec l’aide de mon cerveau, mon corps focalisait son attention sur l’un de ses problèmes particuliers avant de l’oublier pour un autre bien que rien n’est changé.
Peut-être était-ce légèrement différent à cette époque. Je ne portais plus les petits sur mon dos, j’avais mal. Je ne sautais plus avec la foule devant Personne et Thiéfaine, j’avais mal au genou, me forçant déjà pour avancer jusqu’aux premiers rangs sans qu’on ne remarque que je boitais. Et pourtant je n’avais rien. J’avais la gorge légèrement irritée, mais en permanence. J’étais tordu, fatigué, voûté. J’avais les hanches larges tout en étant le plus maigre des mecs de la région. J’avais les jambes blanches et poilues, j’avais des bras d’asiatique. Le bronzage détruit les irritations de la peau, ça renouvelle.
A cette époque, donc, j’étais toujours malade. Ça durait je crois depuis le mois de Mars. J’enchainais : jouer les jeunes autodestructeurs sur le port devant ou autour de musiciens improbables, faire le beau en crise de tétanie chez d’éventuels amis, tenter toujours de séduire avec une gueule de vieille souche pleine de boue et le nez qui coule, abandonner, attendre. Baisser les bras. Les accepter quand même, même s’ils venaient tous toujours quand je ne voulais pas les voir. Leur ouvrir. M’offrir. Me laisser prendre, comme on prend un esclave sexuel dans les pays pauvres. Mon âme était souillée par leurs spermes mentaux.
Au festival du bout du Monde, Soldat Louis s’étant révélé aussi nul que prévu mais ayant donné lieu à tout un tas de petits phénomènes parallèles intéressants, je me retrouvais seul avec lui et tout d’abord, tout alla bien puisque nous étions subjugués par une Asa complètement inattendue et puissante, puis ces cons de Shantel, avec une énergie impressionnante dans leur Disco des Carpates ou je ne sais quel coin de ce genre, un bout d’un Keziah Jones partiellement invisible avec un goût de trop peu et enfin Bashung.
Quand j’étais enfant, je voyais Bashung comme un chanteur de chanson française, un truc qui passait à la radio, même si ça avait l’air, je disais, en avance sur son temps. Coco, qui a bien plus de mémoire que moi, m’avait refilé l’album et j’avais reçu une première claque. Là, je voyais le rock, la classe bouffie de la gueule qui se cache derrière des lunettes de soleil et chapeau, je l’avais vue de mes yeux, et je dansais follement avec mes dock, mon short et mon blase au cœur de la foule immobile. Je tuerai la pianiste, disait-il et il bougeait, ingrat, lent, et j’étais séduit comme Teng s’asseyait par terre. Le reste de la soirée, vois-tu, beaucoup de choses, beaucoup de choses, tellement de choses qui me plaisaient, m’amusaient, m’enchantaient, mais je restais perplexe vis-à-vis de lui.
Nous n’allions nulle part, et c’était le problème avec la plupart de mes amis. Je l’avais séduit comme j’en avais séduit tant d’autres, j’avais réussi mais derrière… J’assurais pas. J’tenais pas la distance. Qu’est-ce qu’on glandait là, au Festival du bout du Monde, côte-à-côte ? Il se faisait chier, puisque qu’on se s’amusait pas ; il me bridait, puisque j’étais là à l’attendre plutôt qu’à faire de nouvelles expériences.
Je m’accrochai quand même. Il cherchait l’ivresse mais ne la trouvait pas, comme moi. C’est tout ce qui m’attachait à lui finalement. La fascination, l’imaginaire, tout ça, c’était bon quand on était jeunes, maintenant que ça avait disparu, on se rendait compte qu’il n’y avait que ça entre nous. On avait grandi, vieillit. L’autre serait en CDI en septembre. Moi je voulais, et c’est ce que j’ai fait je crois, vieillir en m’enrichissant de toutes les bonnes choses trouvées sur la route. Mes amis vieillissaient en se laissant pousser là où on les voulait.
Et du coup j’avais mal partout, à cette époque, j’étais toujours malade.

12/08/2008, Kerinou.

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13 août 2008

Difiñv

Difiñv, difiñv,
Nebeutoc'h nebeutañ
E sav, e striv
E teu betek amañ

Didrouz, didrouz
Nebeutoc'h nebeutañ
E c'hoarzh, e vouz
E ro he santimant

Distabil, distabil
Deus kador da wele
War-raok, war-gil
Da lazhañ an tele

Diboell, diboell
Ar sonjoù, ar c’hoantoù
Gorrek ar sell
Ha warc’hoazh 'divuno

Didalvoud, didalvez
Ha skuizh…
Gorrek ar sell
Dispi ar sell
Ha skuizh…

Koulskoude ‘meus gwelet ‘beure-mañ
Pa meus tapet da dorn barzh ma hini
Koulskoude moa gwelet sur on
‘N ez lagad ul luc’hedenn a vuhez
Ha te ta stardet ma dorn ivez,
Ya te ta stardet ma dorn ha war da dremm
Marteze
War da dremm,
Ur mousc’hoarzh
War da dremm,
Marteze
N’on ket kad da gavout ‘nezhañ ken
Koulskoude
M'a gwelet sur on,
Ur mousc’hoarzh
War da dremm,
Pelec’h mañ da vousc’hoarzh?
Pelec’h mañ da vousc’hoarzh?

Pelec’h ‘mañ Mamm-Gozh daonet
Ar plac’h krenv a anvezen
Ar plac’h joaius leun a vuhez
A lampen war he c’hein ?

Petra ‘zo c’hoarvezet Mamm-Gozh,
Petra ‘zo kaoz?
Petra ‘zo kaoz ac’h ‘out difiñv…

Difiñv, difiñv.
Difiñv, difiñv.
Difiñv, difiñv…

Terminé le 5/8/8, Kerinou

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