31 juillet 2008
Jusqu'à la victoire

Immonde. Déprimant. Sale. Il n’y avait pas d’autres mots pour parler de ce quartier, de ses rues, de ses immeubles, de ces lignes droites en couleurs pâles constituées de matériaux que les plus grosses averses ne nettoient pas. La crasse s’y incruste et n’en ressort jamais : c’est de la matière morte.
Il monta l’escalier de sa tour puant la pisse de chat écartant les vieux mégots et les papiers de snickers du pied, puis il arriva chez lui, cet appartement vieillot aux cloisons fragiles qu’il avait décoré tant bien que mal pour atténuer le sentiment de malaise. Sur la moquette, un vieux radiocassette poussiéreux. Il poussa un bouton et France Inter emplit la pièce. Dieu merci, les infos étaient passées et il éviterait le récit des meurtres, des décès et des guerres. C’était Julien Delli Fiori et quelques secondes plus tard, un morceau débutait. Ses sacs lui en tombèrent des mains. Pour la première fois, il entendait Mavis Staples, Down in Mississippi, et son corps réagit immédiatement, se débarrassant de ses pompes, puis de son écharpe et de son blouson, remuant au son de l’américaine comme un danseur jouissant, s’envolant. Un jour il ferait bien de la danse hors de son salon mais qui pourrait bien trouver de l’intérêt à un jeune homme faisant des mouvements saccadés sur du jazz ?
Et puis il s’écroula sur le canapé et remarqua à nouveau l’horreur du quartier par la fenêtre. Il avait emménagé ici deux mois plus tôt. C’était un choix. Il aurait pu rester dans la campagne de ses parents, là où la vie était agréable et passionnante, là où l’on vivait dans la joie au rythme du soleil, et un jour bien sûr il y reviendrait. Pourquoi la banlieue ? Il ne savait pas trop. Pour lui, pour eux, espérant quelque chose de la confrontation, recherchant l’énergie brute du peuple, il le sentait comme ça. Tous les jours, il allait au boulot, tous les jours il trainait à droite et à gauche dans le quartier, s’y faisant doucement une place, tout en sortant régulièrement pour trouver de la bouffe bio, des amis, de la musique, sur le pavé de la ville. Ne pas baisser les bras. Ne pas baisser les bras, rester encore et encore, jusqu’à la victoire. Voilà ce qu’il se disait tous les soirs sur son canapé.
17/17/2008 Kerinou
30 juillet 2008
J’ai rêvé d’une abeille
J’ai rêvé d’une abeille… J’ai rêvé d’un essaim.
Un essaim sans reine et sans ruche. Un essaim complètement disloqué s’étalant sur le monde entier, fait de plusieurs petits groupes, d’indépendants, de grosses bandes allant de droite et de gauche ou bien restant au même endroit, semblant n’être régit par aucun principe.
Cet essaim était nécessaire au monde, le monde n’aurait plus existé sans lui, ou du moins pas sous cette forme, ainsi le monde avait besoin de l’essaim, mais le craignait aussi, car sa puissance était énorme et comme tous les géants, l’essaim était un danger permanent pour les petits, quelles que soient ses intentions.
Et puis mon rêve s’est concentré sur un petit groupe, dans lequel une veille abeille se posait beaucoup de questions en regardant ses congénères. « Comment faire en sorte que le groupe se prépare à empêcher les prises de pouvoir sournoises et les influences dangereuses, tout en garantissant à tous la liberté totale dans ses pensées, dans ses actes, dans ses paroles ? » se disait-elle.
Cette vieille abeille appela auprès d’elle son gendre et lui fit part de ses interrogations, comme ils avaient l’habitude de discuter ensemble. Quand ils eurent fait le tour des différentes idées, la vieille abeille s’allongea. Sa parole se fit plus lente, plus engourdie de minute en minute… Bientôt, elle ne bougea plus et lentement, elle mourut.
Silencieux, son gendre resta à côté d’elle, regardant son visage.
Kérinou, 16/07/2008
23 juillet 2008
Sexualité
C'était à l'époque où Sam et Raph habitaient ensemble. Raph s'était installé là pour laisser Mary s'établir chez sa soeur, Hannah, avec qui il habitait depuis que Jack l'avait foutu à la porte. Au début, ils avaient chacun leur chambre, c'était une vraie coloc d'étudiants, bien qu'ils ne le soient plus depuis un bon moment. Ils faisaient des fêtes, des orgies plutôt, et il y avait toujours une femme dans le coin, Hannah, Caro, Sandy ou une autre pour venir remettre de l'ordre dans ce joyeux foutoir.Ils savaient y faire avec les femmes, ces deux-là, les deux plus beaux garçons de la ville, riches et joyeux, insousciants, bons vivants, à tel point qu'en arrivant chez eux on était à peu près sûr de trouver là quelques inconnues ramenées la veille au soir et déjà oubliées pour la plupart. Au début, chacun avait les siennes, mais étant sur la même longueur d'ondes, ils firent de moins en moins de manières: d'abord ils arrêtèrent de fermer les portes pour faire l'amour, ensuite ils arrêtèrent carrément d'aller dans leur chambre respective si l'envie leur prenait de rester au salon, dans la cuisine, la salle de bains... Les conquêtes de l'un devenaient celles de l'autre: quand l'un rentrait du boulot et trouvait une jeune femme dénudée dans son appartement, qu'importe qui l'avait ramenée, il s'occuppait d'elle, ou d'elles, car ils avaient de l'appétit et quand l'un n'avait personne, ça finissait en groupe si bien qu'ils dormaient régulièrement dans le même lit. Toutes les pièces étaient à eux deux, toutes les femmes étaient à eux deux, ils les partageaient et tentaient ensemble tout ce qui leur passait par la tête.
Un beau jour ils se retrouvèrent ainsi un dimanche matin, nus sous la même couette, laissés par une belle matinale. Quand ils ouvrirent les yeux, ils se sourirent et Raph posa sa main sur l'épaule de Sam. Ils discutèrent un moment de leur soirée, de cette fille sublime qui en redemandait, de leur plaisir respectif, ils se charrièrent et regrettèrent son absence, puis Sam se leva, étira son long corps d'athlète devant la fenêtre et alla pisser. A son retour, il s'exclama qu'il avait envie de baiser et s'écroula sur la couette. Raph l'agrippa alors, lui ordonnant de ne pas s'endormir, disant qu'ils allaient aller réveiller une jolie pouliche du voisinnage ou une ex quelconque et ils se mirent à échanger sur ce dont ils avaient envie pour mieux choisir la porte à laquelle sonner. Ils finirent par évoquer Sandy, et Sam charria Raph, disant qu'il n'oserait jamais car il était amoureux et ils se remirent à se moquer l'un de l'autre jusqu'à commencer à se battre pour rire, se touchant, se provoquant, avant que Sam ne bloque Raph, allongé sur le dos, s'installant sur lui. "Tu bandes, salaud!" remarqua-t-il en souriant et il l'embrassa à pleine bouche. Quand il le laissa libre pour rejoindre le bord du lit, Raph lui sauta dessus, promettant qu'il allait le lui payer et ils reprirent leur bagarre et se retrouvèrent enfin allongés, l'un contre l'autre, leurs bouches si proches qu'ils sentaient le souffle de l'autre sur leurs lèvres... Alors ils se réembrassèrent, sérieux maintenant, enlacés, tournoyant sur la couette moelleuse. Rapidement, ils se retrouvèrent à genoux contre le mur et Sam, dans le dos de Raph, attrappa le corps de son ami essouflé, excité, le plaqua contre lui et après une hésitation, le pénétra une première fois, lui arrachant un râle qui s'arrêta net, dans l'attente de la suite, qui ne tarda pas à arriver. Excité et déboussolé par ces sensations, Sam se laissa entrainer par ses hanches et jouit rapidement, criant de force et de plaisir en allant une dernière fois de le corps de Raph qui, les yeux fermés, s'était abandonné à lui, entre douleur et plaisir. Quand ils s'écroulèrent sur le lit, ils restèrent silencieux quelques minutes, puis Raph dit:
- Waouh.
- Putain, j'en ai tenté des trucs louches, mais ça vraiment c'est spécial.
- J'y crois à peine.
- ...T'as eu mal?
- Un peu... Toi?
- Oh putain qu'est-ce que c'était bon!
Alors il y eu un léger malaise et le silence devint pesant. Ils se levèrent tout à coup pour aller se laver, se retrouvèrent ensemble dans la salle de bain et Sam entra le premier dans la douche comme d'habitude. Raph était hébété, le regardant faire, et alors qu'il allait allumer l'eau, Sam se retourna un instant pour le fixer. Alors Raph entra aussi dans la douche, et l'eau se mit à couler sur eux, et ils étaient si proches, dans ce petit espace, et si étonnés de voir le corps de l'autre sous cet angle, si surpris d'être encore... Et à nouveau ils s'embrassèrent et s'enlacèrent et puis Raph plaqua Sam contre le mur et chercha à le sodomiser, et puis il y parvint.
Dans les jours qui suivirent, ils firent semblant d'abord que rien ne s'était passé. La semaine suivante, ils baisèrent quelques filles, et puis un soir, Sam rentra tard d'un dîner chez son frère et vit Raph sur son lit, baisant sauvagement une brune fine installée à quatre pattes pendant qu'une blonde l'embrassait et le caressait. L'entendant entrer, Raph l'invita du regard et Sam les rejoignit alors ils baisèrent tous les quatres et les femmes s'embrassèrent, comme les hommes aiment qu'elles fassent, et Raph embrassa aussi Sam.
Les soirs suivants, ils dormirent tous les deux, seuls, couchant ensemble, matin et soir, s'embrassant, se caressant dans la journée, devenant accro au corps de l'autre, découvrant toujours plus de cette sexualité ignorée. Et un beau jour il fallut discuter.
- Tu crois qu'on fait quoi là?
- Je sais pas.
- On se comporte comme un couple.
- Je sais.
- T'es amoureux de moi?
- Je ne sais pas.
- Qu'est-ce qui a changé par rapport à avant?
- ...
- Pas grand-chose en fait.
- Tu crois que c'est juste du sexe?
- Peut-être.
- Peut-être pas.
- T'as essayé avec un autre homme?
- Non. Toi?
- Non.
- T'as envie d'essayer?
- Peut-être.
- Moi je sais pas. Quand j'y pense ça me dégoûte et puis je te vois et c'est différent.
- Je crois qu'il faut essayer avec quelqu'un d'autre pour savoir ce qui se passe entre nous.
- En fait, c'est juste physique. J'ai pas envie de vivre en couple avec un homme. Je veux une femme.
- Sandy?
- Ta gueule!
Alors ils se mirent à rire et petit à petit, la vie reprit son cours. Ils se remirent à séduire des femmes, couchant ensemble de temps en temps. Comme des amis. Et puis un été Raph s'installa avec Sandy, et Sam et Hannah se mirent ensemble. Les deux femmes les avaient toujours connus assez délurés et leur réputation sulfureuse était bien établie, alors leur petit jeu continua sans que personne ne s'en offusque, surtout plus eux, heureux avec leur femme respective et bien loin de leurs anciens scrupules: ils étaient de bons amis comme ils l'avaient toujours été. Et puis un jour, à nouveau, Sandy dit à Raph:
- J'aimerais bien que tu arrêtes avec Sam. C'est que des conneries de grands ados, non?
15/07/2008 Kerinou
22 juillet 2008
Seize questions dans l'air

Françoise Sagan est-elle un écrivain?
Y a-t-il un intérêt quelconque à écouter Laurent Voulzy?
Un mauvais doublage peut-il gâcher un film?
Une publicité peut-elle être bonne?
Peut-on être totalement flexible et au chômage?
Qui est vraiment Stéphane Bern?
Doit-on avoir une opinion sur l'espionnage industriel?
Faut-il toujours courir après les autres et se courber devant eux?
Que signifie le mot "socialiste"?
Est-on patriote en assistant aux feux d'artifice du 14 Juillet?
Un séducteur est-il un social-traitre?
Est-il dangereux de manger du tabac?
A-t-on besoin de savoir combien de gens meurent?
Est-il utile d'écrire sur les murs?
Que faire des héros?
Pourquoi Météo France parle-t-elle d'"impression de beau temps"?
15/07/08 Kerinou
Si vous avez une réponse ou deux...
21 juillet 2008
De mardi à mardi
Je viens de sortir, enfin, et je suis rentré aussi sec, il est 18h48. Un peu d'air. Après un détour par la poubelle à verre, j'ai acheté une botte de carottes, trois tomates, des pastilles pour la gorge et du fromage râpé éco+, puis je suis rentré.
Sept jours faits de bière et de visites. Des visites attendues, et espérées, évidemment donc, décevantes et j'ai maintenant devant moi deux, trois jours de solitude pour profiter de la vie. Me lever sans pression, sans être vu. Bouger, faire des bruits comme ça me vient. Manger comme je veux, quand je veux, ce que je veux. Ecrire. Regarder l'ile de la tentation, sauf que j'ai pas de télé. Ecouter ce que je veux. Des émissions de France Inter podcastées en février. Des musiques glauques et absurdes. Des artistes envoûtants, des artistes hilarants, des artistes avec des messages, pas des bêtes de scène. Des disques. Fumer quand je veux. Observer la vitre, et ce qu'i y a derrière. Ne rien fare. Tout faire.
Je suis devenu un homme d'action. Je ne conçois plus la relation humaine dans la réflexion et l'immobilité. Elle n'y existe pas, elle cherche, elle tire de tout côté mais n'existe pas tant qu'il n'y a pas d'action. Intérieur, extérieur. Milieu. Actions sur les passages. Transformation. Et quand l'épuisement ou la chute arrête soudainement l'action: alors ça y est, elle est là! La relation humaine existe.
15/07/08, Kerinou.
LA NUIT EST UNE FEMME A BARBE.
19 juillet 2008
Dopage et Liberté (ben ouais quoi)
"Freaky" dit: "Je suis le bas de Jaurès".

Eh bien ma pauvre, tu verrais le bas de Jaurès aujourd'hui! C'est détestable. Ils ont bloqué Liberté en entier, des fourgons "magasin officiel" et des stands de barbe à papa partout. Des stands de barbe à papa! Comment osent-ils?
Le bus 5 qui arbore fièrement une bannière qui dit qu'il descend dorénavant jusqu'au port de commerce ne va même pas jusqu'à la gare. Il y a des étrangers partout, des vrais étrangers, pas des gens d'autres pays non, des gens absurdes qui n'ont rien à faire là, arrivés de Paris ou d'ailleurs. Le temps est bizarre, il fait à moitié beau, mais frais, avec des averses orageuses, un genre de temps que l'on ne voit pas souvent ici, c'est désagréable. Les gens attendent aux feux piétons. Il y a des flics aussi évidemment, jusque sur les quais de la gare, et je me retrouve dans un genre de compartiment tout moderne avec des gens au fond qui parlent que de ça, comme pour se sentir à la page, comme s'ils étaient concernés: "Ah Drucker vient?" J'avais presque retrouvé le moral et mon pays devient immonde avec des gens en juste-au-corps jaunes et roses. Bon sang vivement que ça se termine. Qu'ils dégagent!
Le pire c'est qu'il n'y a pas grand-monde dans les rues. Dieu merci, les gens ont l'air de se rendre compte. Quelques dizaines de badauds tout au plus, frustrés de ne pas pouvoir accéder aux gradins de la place où les jets d'eau toujours roses sont de plus en plus faibles. J'ai traversé la ville, choqué, éberlué je sais pas, vraiment je ne suis pas bien, avec tout qui part en live en ce moment. Rozy arrive, ça va me calmer.
3/7/8, train.
PS: Sacrée merde. Les gens du fond ont été remplacés par d'autres qui parlent de... Dommenech.
Je suis maintenant à Plouaret. En fait, c'est un temps de matin en début de soirée, voilà le truc bizarre. Ici, au café, je constate que John-David vient de citer la règle n°8 et ainsi de gagner 300€ contrairement à Alexandra qui s'en fout de les avoir perdus. Une autre a enfrein la règle 12 en ouvrant la porte magique dans la maison des secrets, elle a peur de la réaction de la voix. Au moins ça àa le mérite de me montrer que ma vie est vraiment simple et cool, ou alors très dure. Au choix. A la gare de Brest, devant un pauvre pequenaud s'emmerdant tout seul derrière son bureau "Degemer mat e Breizh" dressé là en l'honneur du tour de merde, j'ai tiré deux billets de 10 dans le distributeur du CMB et en ramassant ma carte tombée par terre, j'en ai trouvé deux autres! Voilà qui va payer la bière de ce soir.
18 juillet 2008
Pirate
Ô Tangi roi de la crasse et du désordre j'aime assez ton pays. J'aime son odeur. La bouffe y est pourrie et ce matin j'en paye le prix, vas voir dans les toilettes tu comprendras mieux. Seule la bière est saine et sauve-moi de l'alcoolisme, ah ben non, y a que ça. Aujourd'hui j'ai fait des emplettes, descendu les poubelles et aéré un peu, t'inquiète je m'éclate puisque mon projet capote. Le seule problème: les fenêtres. C'est trop pour moi. J'ai l'impression d'être exhibitionniste. Alors comme à chaque fois que ce sentiment s'empare de moi je prends l'extrême inverse: je prends mon petit dèj à poil.
Qu'est-ce que c'est bon les baffles énormes en bois des Monts d'Arrée, espèce de lutin de la forêt, c'est les druides qui t'ont sorti ça de leur fontaine miraculeuse? Bon d'accord c'est moi le citadin et pourtant ta technologie de musicien babac est bien meilleure que la mienne. On dirait l'épave d'un avion perfectionné dans la jungle en haut d'un arbre. Le rêve, un peu. Voilà ton studio aux vapeurs de cendrier et de poubelle. C'est même tellement fort qu'en mettant le volume à 2 ou 3 c'est toujours trop à mon avis pour les voisins alors que je peinais à entendre le 100 sur mon valeureux ordinateur. J'commence à m'y faire et je pars déjà demain. J'ai encore plein de choses à faire!
Je me suis même essayé au bodhran comme tu me l'avais proposé (ou presque) mais que veux-tu, je suis un petit nerveux qui ne se maitrise pas et il semblerait que j'aie le rythme partout sauf dans les doigts.
Je m'éclate tu vois malgré tout un tas de petits problèmes dont j'ai le secret et puis la culture me tombe dessus c'est assez fou entre ta radio et tous les sons, les écrits que je déniche à côté et puis je retrouve même des trucs à moi dans mes propres affaires.
Je suis toujours un fou même si j'ai l'air pseudo-normal et qu'on me donne accès au bureaux des secrétaires bobonnes à qui, vengeance - ah ah ! - j'ai volé des stylos.
Kerinou, 2/6/8
PS: Je viens de regarder Neverland sur ton vieux Mac. C'est assez bon! Par contre ta cravate est affreuse. J'espère que c'est un trip.
Signé: Grand-mother.
16 juillet 2008
Plantes

Tel la maitresse de la sauge et du laurier
- Qu'on m'apporte un grand plat et un serpent minute
Des coussins de cuir noir pour l'heure de ma chute
Des poires et des pêches - je disparaitrai.
On portera mon corps enroulé dans un drap
Sur un radeau sculpté par des celtes barbus
Pour le mettre sur l'eau dans la baie des déchus
Avant qu'y mette feu le plus fort des soldats.
Ma famille sera là-haut sur la falaise
Chacun, vêtu de noir, restera silencieux
A la vue de mon corps s'envolant vers les cieux.
Et quand il n'y aura plus que des cendres et des braises
Au large, d'un bruit sourd, la mer m'engloutira
Alors ils se battront et puis l'on m'oubliera.
Kerinou, 2/6/8
07 juillet 2008
Sale vie
J'ai une douleur qui me gâche la vie. Voilà, au sens propre. J'ai mal quelque part, et pas moyen de surmonter ça en se disant que la vie est quand même belle, "Allez, profitons-en". Rien. Dès que je suis un peu plus heureux qu'à la normale, je ressens cette douleur et j'ai mal, mal, et je ne peux profiter du bonheur tout juste ressenti.
J'ai une sale vie, vraiment. Je rigole peu. J'ai peu d'amis, pourtant je connais beaucoup de gens, parce que quand vraiment j'aimerais faire quelque chose, je recontacte les vieux contacts et juste avant d'aboutir, ma douleur m'arrête. Je regarde la télé, les séries surtout, je lis des BD. Les films, les bouquins, j'ai arrêté. Trop court. J'ai pas le temps de vivre avec, de vivre des choses, des choses variées et qui ont une influence. Car je n'ai pas de vie, non, je n'ai pas de vie. Je vis à travers ça, comme ça je vis sans bouger.
Parfois je vois des gens qui sourient. Vous les bousculez, ils se retournent vite fait et vous disent "Oh! Pardon!" puis reprennent leurs discussions. Ils n'ont pas peur, quand ils passent devant les petits arabes. Ils leurs passent devant sans même les voir, peut-être, et ceux-ci ne les interpellent pas. alors que moi, j'ai peur. J'avoue. Qu'ils me parlent, qu'ils se moquent de moi, qu'ils me bousculent et jusqu'où ça peut aller? Ils sont comme les chiens. Ils voient que j'ai peur, alors ils menacent. Ils lancent leurs regards, noirs, ou moqueurs. Ils sont prêts à bondir. Des fois ils parlent de moi, sans baisser la voix, ils lancent des cris... Je les ignore et je presse le pas. Si je les regarde, c'est fichu.
Ma famille ne m'aime pas. Je suppose. Ils ne sont pas contents de me voir, pas plus que moi d'ailleurs car on ne me demande pas de nouvelles, en général, j'en ai peu de toutes manières. Nos repas sont ennuyeux mais on continue à les faire, pourquoi je ne sais pas, mais j'y vais. Si je n'y allais pas je passerais des semaines entières sans voir personne. Je veux dire personne à qui parler plus de cinq minutes, comme les collègues de boulot, les commerçants, enfin, ceux qui permettent de ne pas laisser moisir les cordes vocales.
Alors j'allume la télé et je suis mes personnages. Je tue des mouches, je leur arrache les ailes au-dessus du cendrier, c'est amusant cette sensation de mou quand elles sortent du corps... Enfin vous l'avez compris, ma douleur à fait de moi un sale con.
Kerinou, Brest, 2/6/8
06 juillet 2008
Grosse femme

Mardi 17 juin, Brest.
Me revoilà. Dans la ville calme, morte, j’ai marché jusqu’à Liberté et observé les préparations sur la place, puis j’ai cherché l’heure du prochain bus 3. J’étais donc là, noyé dans la fiche pleine de chiffres et de renvois à des notes de bas de page, des encarts, des plans, quand tout à coup on me tape sur l’épaule :
- Jean !
Je me retourne, une petite femme un peu grosse avec un bob rouge sur la tête me fixe, tout près.
- Eh bien, qu’est-ce que t'as ?
- Euh… On se connaît ?
- Tu te fous de ma gueule ?
Je souris. Qui est cette femme ? C’est absurde, et je ne sais pas quoi dire.
- Bon. J’ai pas que ça à foutre, tu veux que je t’emmène ou pas ?
- Mais…Sérieusement vous devez vous tromper de personne, je ne comprends pas de quoi…
Alors elle ouvre des yeux plus grands et incline la tête pour m’observer par-dessus ses lunettes.
- Tu n’es pas Jean ?
- Ben… non !
- Tu te fous de ma gueule. T’es complètement perché et tu ne sais plus ce que tu dis, c’est ça ? Allez suis moi.
Elle m’attrape par la manche et m’emmène hors de l’arrêt de bus vers une petite voiture bleue, mais je me dégage alors elle se retourne et me fous une baffe assez sèche bien que son bras soit lourd.
- Bon t’arrêtes ton cirque maintenant ? Tu préfères attendre le bus de demain sans doute ? Alors maintenant tu viens !
- Eh ! Stop ! Je ne sais ce que vous me voulez mais là ça va trop loin, foutez-moi la paix d’accord ?
- Bon Dieu de merde. Qu’est-ce que je fous avec ce grand con là. Fais gaffe Jean, un jour je vais te jarter une bonne fois pour toutes, tu partiras à la jaille avec les autres déchets et là tu regretteras d’avoir fait le con avec moi. Pourtant on peut pas dire que j’te fais chier, hein, on me dit va le chercher je vais le chercher, on me dit fais la bouffe je fais la bouffe, je pose pas de questions, je laisse faire et je reçois tous les barjos que tu ramènes en braillant, alors va falloir la mettre en veilleuse si tu veux pas que j’commence à m’énerver c’est clair ?
- Vous… vous êtes complètement folle.
- Ah ouais j’ai l’air folle ? Parce que t’es modéré sans doute ?
En disant ça, alors qu’une voiture s’amenait elle s’est avancée vers moi et j’ai reculé, comme si j’avais peur, et en effet j’avais un peu peur.
- T’as peur de moi ?
- … Je… Je sais plus quoi dire.
- Alors monte en voiture.
- Non, non, non, je ne monte pas en voiture avec vous, je ne suis pas Jean et je ne vous connais pas ! C’est incroyable ça !
- Bon ok. Bouge pas.
Elle sort son portable d’un sac à main banal et appelle.
- Ouais Sophie ? Bon écoute je sais pas à quoi il joue mais il dit qu’il n’est pas Jean et il refuse de me suivre. Il a l’air complètement perché c’est ridicule. J’fais quoi ? J’le ramène de force ou… ?
- Mais…
- Bouge pas j’ai dit ! Bon très bien. Va falloir qu’ça change, hein, je vais pas m’faire des allers retours pour quelqu’un qui se fout d’ma gueule. Bon allez à tout à l’heure. T’as entendu euh… Jean qu’est pas Jean ! Elle m’a dit de te laisser là. Tant pis pour toi. Mais t’avises pas de venir sonner en plein milieu de la nuit, j’me lèverai pas pour t’ouvrir et si tu fais trop de boucan j’appelle les flics. Allez, salut.
Et puis elle est partie, au volant de sa petite voiture bleu foncé, me laissant là sur le trottoir, complètement éberlué. Et puis j’ai vu le bus 3 arriver, alors j’ai sauté dedans pour aller chez Tangi.
Quelques jours plus tard, j’étais à une fête dans la rue, c’était quoi ? La fête de la musique. J’sais plus comment je suis tombé sur elle. Une jolie fille, ça c’est sur. Et drôle, et alcoolo, enfin, tout pour plaire et on a fini ensemble. On avait un pote ou deux en commun et puis on s’est revu à une autre fête et puis voilà, on sort ensemble, enfin bon, bref, ce matin on passe chez elle avant de reprendre la route vers chez moi. Elle habite un petit appart dans Keredern. Bien pourri. On se paye les six étages à pattes, on est de bonne humeur, et puis on débarque chez elle. Une petite femme un peu grosse sort du salon, nous entendant arriver, elle dit deux trois mots à sa fille et puis me remarque et me lance un « Salut » quelconque. Je m’avance…
Oh putain. C’est elle, bien sûr. J’suis abonnés aux trucs simples, faut croire.
01/06/2008, Kerinou, Brest.